Pour fêter ses 1 an de règne présidentiel, Nicolas Sarkozy a décidé de s’attaquer « courageusement » … à la baisse du pouvoir d’achat ? Non, non, vous n’y êtes pas, c’est au droit de grève, bien sûr, que notre président préféré s’attaque avec le courage qui caractérise les grands hommes.
Et il le fait avec de gros sabots bien gras et bien lourds de démagogie populiste, tentant de dresser le peuple de France contre le service public de la France et pas le moindre, celui qui est censé prodiguer l’enseignement de la république à ses enfants. Ainsi peut-on lire dans la dernière newsletter de l’UMP d’aujourd’hui le texte suivant :
« Dites oui à l’accueil de nos enfants à l’école les jours de grève »
« Lors de son allocution télévisée le 15 mai, le Président de la République a annoncé qu’un projet de loi serait déposé par le Gouvernement avant l’été, instaurant le droit à l’accueil des élèves dans les écoles les jours de grève. »
« Ce texte garantira à la fois le droit pour les enseignants de faire grève, mais aussi le droit pour les enfants d’être accueillis les jours de grève, et le droit pour les parents de travailler ou de s’organiser dans les meilleures conditions. »
« Le Président de la République, le Gouvernement, et l’UMP sont décidés à donner aux familles, notamment les plus modestes, le droit de ne pas subir financièrement, comme c’est le cas aujourd’hui, la grève des enseignants. »
« Le Président de la République, le Gouvernement, et l’UMP sont décidés à donner aux familles, notamment les plus modestes, le droit de ne pas subir financièrement, comme c’est le cas aujourd’hui, la grève des enseignants. » etc…
Bel exemple de solidarité nationale que nous délivre là le président de la république, son premier ministre et son parti. Il ne manque à ce petit texte que l’autre parti de droite, le Nouveau Centre et non inénarrable nouveau n°2, Jean-Christophe Lagarde, toujours apparemment à l’affût de mesures bien populistes lui aussi.
La France tombera-t-elle dans ce piège aussi grossier ?
Nous pensons, nous rêvons que non !
Le droit de grève est sacré !
Tout d’abord, le droit de grève est un droit conquis de haute lutte par nos anciens, qui bien souvent donnèrent leur vie et leur sang pour que la justice sociale, dans notre pays et bien d’autres, puisse s’établir et se négocier, sur la base de ce droit fondamental de pouvoir cesser le travail, dernier recours lorsque tout dialogue est bloqué. Avant, rappelons-nous, le seul recours était l’insurrection…
Or, toute tentative d’obstruction de l’exercice de ce droit, toute dérive visant à casser la grève, contourner la grève, annuler l’effet de la grève, quelque soit la tentative, quelque soit la dérive, si petite qu’elle soit, est dangereuse, pour la paix sociale, pour la démocratie ! Car il emporte le risque d’éliminer toute possibilité de dialogue et de négociation, en cas de conflit dur. Alors, le jour venu, lorsque l’exaspération sera trop lourde, lorsque la coupe sera vraiment pleine, le seul recours risque de re-devenir l’insurrection. Est-ce cela que nous voulons ? Est-ce cela que Nicolas Sarkozy veut ? Et au cœur même de notre ville, est-ce cela que Jean-Christophe Lagarde veut ?
A droite, on veut toujours gommer le symptôme pour ignorer le mal !
Se préoccuper des enfants qui ne peuvent pas aller à l’école les jours de grève, c’est beau, c’est grand, cela semble même ne pas pouvoir être remis en question, cela semble aller de soi ! Qui sont donc les affreux méchants qui osent s’élever contre cela ?
Sauf que… Sauf que lorsque l’on décide de sortir de ce discours démagogique et hypocrite, qui démontre une chose au moins, c’est le peu d’estime dans lequel on porte le peuple, jugé suffisamment crétin pour se laisser abuser par ce genre de raisonnement, lorsque l’on sort de cette mascarade, il est possible de se poser 2 simples petites questions de bon sens :
- Nicolas Sarkozy est-il Bernadette Soubiroux ? A-t-il reçu la révélation divine ? La droite a été au pouvoir pendant très longtemps… Le droit de grève existe depuis bien longtemps… Nous fêtons même cette année, ce mois-ci, un anniversaire historique de l’exercice ultime du droit de grève… Et bien durant toutes ces années, personne, à gauche bien évidemment, mais à droite non plus, ni De Gaulle qui fut pourtant bien bousculé par les évènements de mai 68, ni Pompidou, ni Giscard, ni Chirac, personne à droite ne songea à ébranler ce soubassement solide et fondamental de la paix sociale. Seul l’ami Nicolas Sarkozy sembla découvrir cette pseudo-évidence, cette révélation, consistant à gommer les effets indésirables de la grève, plutôt que de s’attacher, comme tous ses prédécesseurs, à travailler à guérir le mal. Mais il est peut-être vrai que pour lui, pour la nouvelle UMP Sarkozyenne et le Nouveau Centre de notre N°2 Jean-Christophe Lagarde, le fait que les enfants modestes ne puissent recevoir l’enseignement, ce n’est pas grave, tant qu’on ne les voit pas, bien gardés dans les services des mairies de droite… Leurs enfants à eux, pendant ce temps, où sont-ils ? Oups, bien sûr, les amis parents de Nicolas Sarkozy peuvent se payer gouvernantes, cours particuliers, écoles privées etc. Peut-être est-ce que c’était en prévision de cela, le cadeau du bouclier fiscal . . .
- Qu’est-ce qu’on fait si les jours de grève sont payés, en cas de victoire des grévistes ? Et oui, voyez-vous, il fut un temps où les jours de grève étaient payés, … lorsque le mouvement de grève obtenait gain de cause ! Nicolas Sarkozy, Jean-Christophe Lagarde et leurs amis ont dû l’oublier ! En effet, s’il était logique que les jours de grève ne soient pas payés, en cas de défaite des grévistes et de reprise du travail, démontrant ainsi que leur grève n’était pas légitime, il était en revanche effectif et normal que les jours de grève soient finalement payés, une fois la grève terminée, si les grévistes, victorieux avaient eu gain de cause, la négociation ayant pu avoir lieu à leur avantage. En effet, la grève était donc légitimée et le patron se devait de reconnaître et assumer son erreur. Or, que dit Nicolas Sarkozy ? « Les mairies seront dédommagées des frais de garde par le reversement des journées de grève non payées ». Mais alors, quid si le mouvement est légitime et les jours de grève payés ? Cherchez l’erreur, trouvez la mauvaise foi…
Bref, arrêtons le massacre, stop aux hypocrites de cette mauvaise droite française, la droite vaut mieux que cela. Le populisme n’honore pas celui qui s’y adonne et le conduit doucement, inexorablement, vers les fonds insalubres de ce que l’homme recèle de plus dangereux pour l’homme.
Messieurs les patrons de la république, mettez-vous plutôt au travail !
Alors, plutôt que tirer sur toutes les ambulances qui passent, l’enseignement, le pouvoir d’achat, le temps de travail, Mesdames et Messieurs qui ont été portés par le peuple de France au gouvernail de notre pays, aux commandes de nos villes, mettez vous au travail et faites le bien, pour la France et avec elle, écoutez la, écoutez nous, prenez le temps entre 2 avions, 2 émissions de télé, de vous assoir à la table conviviale des négociations, vous verrez que nos enseignants ne mordent pas, que les fonctionnaires ne sont pas forcément des paresseux indolents, que les salariés, du privé, du public, se tuent à la tâche chaque jour que Dieu, Allah, la nature ou quiconque d’autre, fait, que les chômeurs et les RMistes n’en peuvent plus de ne pas pouvoir participer à la construction collective et que les patrons, notamment l’armée des quelques 1,6 millions de patrons de petites et moyenne entreprises, celles qui participent de la richesse du pays, ne sont pas tous de cette droite là…
Gilles Saulière, Conseiller municipal d’opposition socialiste
